
Souleymane était un ninja. Pas un ninja qui fait peur. Un ninja doux et curieux. Il avançait sans bruit, comme une feuille qui tombe. Il aimait aider, et il aimait rire tout bas.
Un matin, il arriva à une oasis cachée. On ne la voyait pas de loin. Il fallait suivre des pierres chaudes, sentir l’air plus frais, et écouter un petit glouglou.
Au milieu, il y avait un bassin bleu, des palmiers, et des fleurs qui sentaient le miel.
Mais quelque chose n’allait pas.
Les couleurs semblaient fatiguées. Le vert était pâle. Le bleu était tout petit. Même les fleurs avaient l’air de chuchoter.
Souleymane posa un doigt sur sa bouche.
« Chut… Oasis, qu’est-ce qui se passe ? »
Le vent répondit en froissant les feuilles.
« Les couleurs se sont cachées. Elles ont peur. »
Souleymane se gratta le menton.
« Alors… il faut les ramener. Je suis un ninja. Je peux chercher sans me faire voir ! »
À ce moment-là, un animal imaginaire sauta derrière un palmier.
Il avait un corps doux comme un nuage, deux petites cornes en caramel, et une queue qui faisait des spirales dans l’air.
Ses yeux brillaient comme deux billes.
« Moi, je suis Pof-Pof ! » dit l’animal. Sa voix faisait “plop” comme une bulle.
« Je suis invisible… quand je retiens mon rire. »
Souleymane sourit.
« Alors retiens-le bien, Pof-Pof. On a une mission : restaurer les couleurs de l’oasis. »
Pof-Pof mit ses pattes sur sa bouche.
« Mmmhmm ! »
Ils avancèrent entre les palmiers. Souleymane marchait sur la pointe des pieds. Pof-Pof flottait à côté, très sérieux… mais ses joues tremblaient.
Au bord du bassin, ils trouvèrent une trace noire, comme un trait de suie.
Souleymane fronça les sourcils.
« Ça, ce n’est pas une couleur. C’est une tache. »
Une voix grinça derrière une roche.
« Hé hé… les couleurs sont à moi. »
Une sorcière sortit de l’ombre. Elle portait un manteau sombre et un chapeau pointu trop grand. Son nez brillait comme une petite lune.
« Je les ai mises dans mon sac, pour faire une soupe de gris ! » dit-elle.
Pof-Pof oublia de retenir son rire.
« Hihihi… une soupe de gris ? Beurk ! »
La sorcière plissa les yeux.
« Qui ose se moquer ? »
Souleymane se plaça devant Pof-Pof.
Il parla calmement.
« Madame la sorcière, l’oasis a besoin de ses couleurs. Sans elles, les fleurs se fanent, et les oiseaux ne trouvent plus leur chemin. »
La sorcière tapa du pied.
« Je m’en fiche ! Le gris, c’est tranquille. Pas de bleu qui brille, pas de jaune qui pique les yeux. »
Souleymane eut une idée.
Pas une idée de bagarre. Une idée de ninja malin.
« D’accord, » dit-il. « On va faire un jeu. Un concours. Si je gagne, vous rendez les couleurs. Si vous gagnez… je vous donne mon bandeau de ninja. Il est très doux. »
La sorcière se lécha les lèvres.
« J’adore les choses douces. Marché conclu ! »
Pof-Pof chuchota.
« Mais ton bandeau ! »
Souleymane chuchota aussi.
« Fais-moi confiance. »
Le concours s’appelait : “Qui peut trouver la couleur cachée ?”
Souleymane prit trois petites pierres claires et les posa au sol.
« Sous une pierre, je cache une couleur. Devinez laquelle. »
La sorcière ricana.
« Facile ! »
Mais Souleymane fit son mouvement de ninja : le Pas-Chatouille.
Il bougea si doucement que même les fourmis ne le sentirent pas.
Pendant ce temps, Pof-Pof flottait et soufflait un tout petit “pouf” invisible.
Les pierres glissèrent un peu, comme si elles dansaient.
La sorcière pointa du doigt.
« Celle-là ! »
Souleymane souleva la pierre.
Dessous, il n’y avait rien.
« Oh ! » fit la sorcière.
Souleymane montra l’autre pierre.
« Là non plus. »
La sorcière commença à grogner.
« Où est-elle ?! »
Souleymane souleva la troisième.
Sous elle, une petite lumière rouge brillait comme une cerise.
Pof-Pof applaudit, mais sans bruit. Il faisait semblant d’applaudir, c’était drôle.
Souleymane dit :
« J’ai gagné. Maintenant, rendez les couleurs. »
La sorcière serra son sac.
« Jamais ! »
Alors Souleymane fit encore mieux.
Il ne cria pas. Il ne tapa pas. Il posa une main sur le sac.
« Madame la sorcière… vous avez l’air seule. Est-ce que vous voulez une oasis grise parce que vous vous sentez grise dedans ? »
La sorcière resta immobile. Son chapeau trembla un peu.
« Moi… personne ne vient me voir. Les couleurs font des fêtes. Moi, on me regarde de travers. »
Pof-Pof s’approcha et fit une petite révérence.
« On peut faire une fête avec toi. Mais pas une fête grise. Une fête rigolote ! »
Souleymane ajouta :
« On peut garder une couleur pour vous, une couleur rien qu’à vous. Une couleur de sorcière. Une couleur spéciale. »
La sorcière cligna des yeux.
« Une couleur à moi ? »
Souleymane hocha la tête.
« Oui. Un violet prune, par exemple. »
La sorcière sourit, un tout petit sourire.
« J’aime le violet prune. »
Elle ouvrit son sac.
Et là, des couleurs s’envolèrent comme des oiseaux : le bleu, le vert, le jaune, l’orange, le rose.
Elles tournèrent autour des palmiers, sautèrent dans le bassin, et revinrent se poser sur les fleurs.
L’oasis redevint brillante.
Le bassin scintilla.
Les feuilles firent “chhh” comme un applaudissement.
La sorcière garda une petite étincelle violet prune dans une fiole.
« Merci, » dit-elle, un peu gênée. « Je… je ne ferai pas de soupe de gris aujourd’hui. »
Pof-Pof souffla.
« Ouf ! »
Alors l’oasis, comme pour dire merci, fit apparaître une récompense.
Au pied d’un palmier, le sable se souleva et dévoila un coffre en coquillage.
Il s’ouvrit tout seul : dedans, il y avait une gourde magique.
Une gourde qui remplissait toujours de l’eau fraîche, avec un goût de menthe.
Souleymane la prit.
« Parfait pour les longs chemins ! »
Pof-Pof demanda :
« Et moi, j’ai une récompense ? »
Une petite plume lumineuse tomba du ciel et se posa sur sa tête.
Elle le chatouilla, mais il réussit à ne pas rire.
Enfin… presque.
La sorcière ajusta son chapeau.
« Ninja Souleymane… tu es malin. Et gentil. »
Souleymane s’inclina.
« Un bon ninja protège. Même quand il a peur. »
Ils repartirent dans l’oasis cachée, avec des couleurs partout, une gourde magique bien serrée, et un nouvel ami un peu bizarre… mais pas méchant.
Et si on tendait l’oreille, on entendait encore Pof-Pof murmurer :
« Promis… je retiens mon rire… hihi… oups. »