
Dans la grande Amazonie, la forêt chantait tout bas. Les feuilles faisaient chhh, les singes faisaient ouh-ouh, et le fleuve brillait comme un ruban.
Ici vivait un Superhéros très spécial.
Il s’appelait : Lyam a des pouvoirs magiques.
Tout le monde disait son nom en entier, car c’était comme une formule.
Lyam était petit, mais très courageux. Il était aussi un peu timide. Quand on le regardait trop, ses joues devenaient rouges.
Mais quand quelqu’un avait besoin d’aide, il se redressait et disait :
« Je peux essayer. »
Un matin, la forêt eut un drôle de souci.
Les fleurs perdaient leur couleur. Le rouge devenait rose pâle, le jaune devenait beige, et le violet… devenait gris.
Les perroquets se regardaient et murmuraient :
« Où sont passées les jolies couleurs ? »
Lyam posa sa main sur une feuille.
La feuille semblait fatiguée.
Il ferma les yeux et sentit un petit courant de magie dans ses doigts.
« Il manque quelque chose, » chuchota-t-il.
À ce moment-là, une odeur sucrée arriva : miel, citron, et… un peu de boue.
C’était le Fabricant de potions.
Il s’appelait Moka. Il portait une grande ceinture pleine de flacons. Il était drôle, un peu pressé, et très gentil.
Moka dit :
« Attention, je marche vite, je pense vite, et mes potions font parfois plouf ! »
Il trébucha sur une racine.
Plouf.
Un flacon tomba dans une flaque et fit des bulles.
« Oups, » dit Moka. « Celle-là, c’est la potion qui fait éternuer. Je la range ! »
Lyam sourit.
« Moka, la forêt perd ses couleurs. Tu peux aider ? »
Moka plissa les yeux.
« Hmm… ça ressemble à un sort. Un sort qui boit les couleurs, comme un jus. »
Un bruit se fit entendre : ffff… ffff…
Dans l’ombre, un Lanceur de sorts glissa entre les lianes.
On ne voyait que son bâton qui brillait en vert sombre.
Il murmura :
« Les couleurs sont à moi. Personne ne rira dans une forêt grise. »
Lyam eut un petit frisson. La forêt aussi.
Mais Lyam se rappela : il est un Superhéros.
Il prit une grande respiration.
« Je n’aime pas quand quelqu’un rend les autres tristes, » dit-il doucement.
Moka ouvrit son sac et sortit un petit carnet.
« Pour rendre les couleurs, il faut une potion arc-en-ciel. Et pour ça… il faut un ingrédient rare : une Goutte-de-soleil. »
Lyam demanda :
« C’est quoi ? »
Moka répondit :
« Une goutte de lumière qui se cache près du grand fromager, l’arbre géant. Elle apparaît quand on dit des mots gentils à la forêt. »
Alors ils partirent.
Ils traversèrent un chemin de mousse. Ils passèrent près d’un tronc creux où l’écho faisait : bonjour… jour…
Un papillon se posa sur le nez de Lyam.
« Ça chatouille ! » dit Lyam.
Moka rigola :
« La forêt te teste. Si tu ris, elle t’aime. »
Mais le Lanceur de sorts les suivait.
Il souffla un petit sort.
Swoooosh !
Une brume grise arriva et fit semblant d’être un mur.
Lyam s’arrêta.
« On est bloqués ? »
Moka chuchota :
« Les murs de brume aiment les histoires. Dis une phrase qui réchauffe le cœur. »
Lyam pensa. Il était timide, mais il savait dire des choses vraies.
Il posa sa main sur son cœur et dit au mur :
« Forêt, tu es belle. Merci pour ton ombre fraîche et tes chansons. »
La brume trembla.
Elle fit pschitt… puis disparut.
« Ça marche ! » s’écria Moka.
Ils arrivèrent enfin au grand fromager.
Il était si grand qu’on aurait dit qu’il touchait le ciel.
Sous ses racines, il y avait un petit bassin d’eau claire.
Au-dessus, une lumière dansait.
Une petite goutte brillante, comme une perle chaude.
Moka chuchota :
« La Goutte-de-soleil… »
Mais le Lanceur de sorts surgit.
« Non ! » cria-t-il.
Il leva son bâton.
Zim !
Un tourbillon de feuilles grises tourna autour de la goutte.
Lyam sentit la peur monter, comme quand on entend un gros bruit la nuit.
Il avala sa salive.
Puis il dit :
« Je suis Superhéros. Même si j’ai peur, j’avance. »
Il tendit ses mains.
Une magie douce sortit de ses paumes, comme une lumière de luciole.
Il ne lança pas une attaque. Il lança une protection.
« Goutte-de-soleil, reste en sécurité, » dit-il.
Le tourbillon ralentit.
Le Lanceur de sorts fronça les sourcils.
« Pourquoi tu ne me chasses pas ? »
Lyam répondit :
« Parce que je veux sauver la forêt. Et toi… tu as l’air seul. »
Le Lanceur de sorts resta immobile.
On entendit juste le fleuve au loin.
Puis il marmonna :
« Quand la forêt est colorée, tout le monde joue. Moi, personne ne m’invite. »
Moka s’approcha doucement.
Il sortit un tout petit flacon.
« J’ai une mini potion de courage. Elle ne force pas. Elle aide juste à dire bonjour. »
Le Lanceur de sorts hésita.
Puis il prit le flacon et en but une goutte.
Il toussa.
« Beurk. Ça a le goût de banane et d’épinard ! »
Moka répondit fièrement :
« C’est la recette. »
Le Lanceur de sorts soupira.
Et il baissa son bâton.
La brume grise s’en alla.
La Goutte-de-soleil tomba dans le bassin, et Moka la récupéra dans une cuillère d’or.
« Vite, à mon petit atelier ! » dit Moka.
Ils coururent, sautèrent par-dessus une racine, et glissèrent sur une feuille géante.
Lyam rit si fort que même les grenouilles firent : croa-croa !
Dans l’atelier de Moka, il y avait un chaudron rond.
Moka versa de l’eau du fleuve, ajouta une pincée de pollen, puis la Goutte-de-soleil.
La potion fit bloup… bloup… et devint orange, puis bleu, puis vert.
Lyam demanda :
« Et ma magie ? »
Moka répondit :
« Dis ton nom. Comme une formule. »
Lyam ferma les yeux.
« Lyam a des pouvoirs magiques, » dit-il clairement.
La potion brilla très fort.
Ils sortirent avec un arrosoir rempli de potion arc-en-ciel.
Ils arrosèrent une fleur.
Pouf ! Elle devint rouge comme une fraise.
Ils arrosèrent une autre.
Pouf ! Jaune comme un soleil.
La forêt reprenait vie.
Les animaux applaudirent à leur manière.
Les singes firent des cabrioles.
Les oiseaux chantèrent plus fort.
Même le vent semblait rire.
Le Lanceur de sorts, lui, regardait ses pieds.
Lyam s’approcha.
« Tu veux aider ? »
Le Lanceur de sorts prit l’arrosoir.
Il arrosa une petite plante toute grise.
Pouf ! Elle devint violette.
Il sourit, un petit sourire surpris.
« C’est… joli, » dit-il.
Quand tout fut coloré, le grand fromager laissa tomber quelque chose : un fruit rond, doré, qui sonnait comme une clochette.
Ding.
Il s’ouvrit tout seul.
À l’intérieur, il y avait trois choses :
Une petite cape brillante pour Lyam.
Un nouveau flacon vide, en cristal, pour Moka.
Et une mini graine lumineuse.
Moka lut un mot gravé sur le fruit :
« Récompense de la forêt. Pour ceux qui protègent et partagent. »
Lyam mit la cape.
Elle était légère et douce.
« Je me sens… encore plus Superhéros, » dit-il.
Moka leva son flacon vide.
« Avec ça, je pourrai garder une micro Goutte-de-soleil pour les jours de pluie ! »
Et la graine ?
Lyam la planta près de l’atelier.
Tout de suite, une petite pousse sortit.
Elle avait des feuilles multicolores.
Moka chuchota :
« Un arbre de couleurs. Il donnera des fruits-peintures. »
Le Lanceur de sorts demanda, timidement :
« Est-ce que… je peux rester un peu ? Je pourrais… apprendre à faire du bien. »
Lyam hocha la tête.
« Oui. Mais ici, on dit bonjour, et on aide. »
Le Lanceur de sorts dit, un peu raide :
« Bon… bonjour. »
Puis, plus doucement :
« Bonjour. »
La forêt sembla répondre.
Chhh.
Comme un câlin.
Ce soir-là, sous les étoiles, l’Amazonie était pleine de couleurs.
Lyam, avec sa cape brillante, se sentit fier.
Il avait gagné un trésor, un nouvel arbre magique, et une équipe.
Et quand il ferma les yeux, il entendit la forêt qui murmurait :
Merci, Superhéros.